Le vieil homme se promène et profite du beau temps.
Sur la place du village, il marche tout doucement.
Il s'avance pour voir les noms gravés sur le monument.
Des parents, des frères, des voisins, des amis, des enfants.


Des yeux pleins de vie à tout jamais fermés.
Des sourires de jeunesse figés dans les plus tendres années.
Des cœurs enlacés arrachés à l'amour des fiancées.
Des passions brisées, des mères et des épouses éplorées.

L'aïeul contemple la statue du soldat sur le mémorial.
Il se souvient. Lui aussi était au front. Soudain il a mal.
Des visions d'enfer défilent dans la tête du vieux caporal.
Son nom pourrait être porté sur cette plaque de métal.

Il se rappelle ce dimanche d'août. Il avait vingt ans.
Il était la vie et devait sauver mère Patrie, absolument.
Quelques semaines suffiraient à faire capituler les allemands.
Après il fonderait une famille et travaillerait aux champs.

Il partit un matin en sifflant sur le chemin de la guerre.
Et il connut le froid, la boue, les tranchées et la misère.
Durant des mois, des années, il tira sur des hommes, des frères.
Il fut blessé, devint un héros et reçut les honneurs militaires.

Aujourd'hui, très affaibli, il fait le bilan de sa longue vie.
Il remercie le ciel de l'avoir épargné durant ces deux conflits.
Il a connu l'amour et pense à sa compagne trop vite partie.
Il songe à ses grands enfants qui lui ont fait de beaux petits.

Une dernière fois, le vieillard regarde la croix.
Morts pour la France, pour la Patrie, Paul, Jean, Pierre, François.
Est-il nécessaire, pour avoir la Paix, de tuer de sang froid.
Messieurs les gouvernants, je vous supplie, plus jamais ça.

Marc GANRY

Illustration : photo prise par l'auteur.


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