Septembre, mois gourmand

          aubepine en fruits
 
Dans la grande valse des saisons, changement de cavalier avec Fructidor,
L'été s'en va sur la pointe des pieds, laissant dans son sillage un parfum de regrets,
Après les longues journées ensoleillées le mois gourmand annonce l'Automne en or,
Aux lumières douces avec ses fruits délicieux et ses champignons au grand pedigrée.
 
Sur la croupe des coteaux empourprés on joue « Les raisins de la colère »,
Le ballet des « colles » anime les rangs de ceps entre rires et clameurs jubilaires,
Après la véraison aoûtienne, le raisin gonflé de sucre rejoint la cave du vigneron,
Aux vendanges c'est la fête à Cabernet, Merlot et Sauvignon, arrivés à maturation.
 
Mira, regarde, belle a revêtu son habit de satin doré piqueté de tâches de rousseur,
Tout sucre, tout miel les grelots scintillants de mirabelles offrent leur douceur,
Cette prune de fin d'été à la pulpe délicate transcende les palais en confiture,
Idéale en clafoutis, tarte et sorbet elle embaumera votre table, c'est sûr.
 
Objets d'une traditionnelle cueillette de fin d'été, les mûres se méritent,
Ces gourmandises de farfadet infligent quelques cruelles égratignures,
En les grappillant sur les buissons bordant les sentiers bucoliques,
On ne peut résister à la tentation de les goûter tout en pensant aux confitures.
 
Si la flore n'a plus l'exubérance printanière, dans les prés humides,
L'aconit napel dresse ses hautes tiges casquées de fleurs violettes,
Celle que l'on appelle aussi « casque de Jupiter » était qualifiée par les druides,
D'arsenic végétal de par sa haute toxicité, plante magique qui inquiète.
 
Colchiques dans les prés, c'est la fin de l'été, murmure la comptine
Beauté redoutable, ses délicates fleurs roses violacées illumine les prairies imprégnées
Les Anciens connaissant sa toxicité le nommaient « doigt d'Hermès » redouté,
L'industrie pharmaceutique en a fait un médicament impérial contre la goutte maligne.
 
Le long des berges des ruisseaux un gracieux passereau trottine avec légèreté,
Costume gris perle, masque blanc et petit béret noir, quelle élégance zélée,
Surnommée « hochequeue » par les balancements continuels de sa longue queue,
La bergeronnette occupe sa journée dans sa quête de moucherons belliqueux.
 
Pour être à son aise, elle choisit les forêts de mélèzes, épicéas ou sapins,
Raffolant des graines, elle déloge d'un bec adroit les écailles des « pommes de pin »,
Cette survoltée inspecte aussi les fentes de l'écorce en quête d'insectes et araignées,
Voici la mésange noire dans ses habits harmonieux de gris, de blanc et de noir lustré.
 
Si au Printemps l'aubépine et le prunellier des haies sont couverts de blanc,
A l'automne point de confusion possible, les « cénelles » rouges du premier sont ovales,
Tandis que le second porte, ronds comme des billes, des fruits bleu gris sémillants,
Attirant à l'heure des vendanges, merles siffleurs et grives musiciennes géniales.
 
Dans le roncier proche une minuscule boule de poil rousse joue les équilibristes,
Grimpant le long d'une tige, voici le « rat d'or » au joli nom de muscardin,
Qu'il est mignon avec son adorable minois où brillent deux prunelles d'artiste,
Il glane châtaignes et mûres pour préparer son hibernation au jardin.
 
Pour ceux qui arpentent les sous-bois, on sait qu'ils sont là avant de les voir,
Leur parfum subtil et fort, active la chasse aux cèpes avec de grands espoirs,
Le web souterrain s'anime, les carpophores surgissent du mycélium en tenue du soir,
Sous les chênes et châtaigniers, les bolets font leur fugace apparition sans décevoir.
 
Leur prince, le « Cèpe de Bordeaux » à la couleur brun noisette reste le plus estimé
Ce bouchon de champagne au pied renflé offre sa chair blanche sous sa cuticule luisante,
Mais ne dédaignez son proche cousin, le « bolet bai » à l'aspect bleuissant au touché,
Sa chair ferme, blanchâtre ou jaune clair remplacera sa comparse bordelaise médisante.
 
Par contre attention au « bolet satan », interdit de panier, au chapeau souvent bosselé
Il doit sa mauvaise réputation à la couleur rouge vinasse de sa chair qui bleuit au touché
Regardez-le, mais laissez le sur son pied trapu de couleur rouge-orangé,
Il dégage une odeur nauséeuse à la cueillette et provoque des diarrhées sévères si consommé.
 
Pour les « bassiers » qui fréquentent la mer, les grandes marées de l'équinoxe d'automne,
Favorisent à l'estran la cueillette des coquillages et crustacés souvent bonne,.
Armés de sceaux, de petites pelles, d'épuisettes et de crochets,
Ils cueillent des moules, ils ramassent des coques, ils attrapent crevettes et bouquets.
 
Au printemps quittant la mer pour rallier fleuves et rivières de leur éclosion,
Après un « bull » nocturne tapageur les femelles pondent sur les frayères leurs oeufs,
La grande alose permettra aux alevins de l'été d'entamer leur migration d'avalaison,
Pour revenir adultes faire miroiter leurs robes aux reflets métallisés, vert et bleu.
 
Dès Septembre, du crépuscule à l'aube la forêt résonne de clameurs gutturales,
La période du rut a commencé pour les cerfs élaphe submergés de testostérone,
Ils courent en tous sens, grattant le sol avec leurs sabots et leurs bois à la royale,
Cou allongé, lèvres et naseaux retroussés ils lancent leur lamentation fanfaronne.
 
Par leurs longs meuglements rauques, les yeux chavirés en une sorte de transe ,
Leurs appels puissants, audibles à des kilomètres, servent à intimider les rivaux,
Mais surtout ces rugissements signalent aux biches en chaleur leur présence,
Avis aux amatrices, le bal sur la place du brame est ouvert par Roméo.
 
En ce mois où l'équinoxe nous reprend la légèreté apportée par le solstice,
Bien crochées sur la portée des fils électriques les hirondelles s'attroupent,
Choristes emplumées, les arondes interprètent leur dernier rondo gratis,
Trissant à gorge déployée, elles préparent leur longue migration de groupe.
 
L'ARIÉ....JOIE
Le 21 Septembre 2014
Revisite septembre 2015
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