Savoir vieillir…

Ce poème m'a été remis en mars 2018 par l'épouse de Michel Martinerie, qui l'a récemment trouvé dans les papiers de son mari. Il reflète la simplicité, la sagesse et la foi de notre défunt ami poète.

Vieillir, se l’avouer à soi-même et le dire
Tout haut, non pas pour y voir protester les amis,
Mais pour y conformer ses goûts et s’interdire
Ce que la veille encor on se croyait permis ! 

Avec sincérité, dès que l’aube se lève
Se bien persuader qu’on est plus vieux d’un jour
A chaque cheveu blanc se séparer d’un rêve
Et lui dire tout bas un adieu sans retour !
                                   ♦♦
Aux appétits grossiers infliger d’âpres jeûnes
Et nourrir son esprit d’un savoir simple et sûr.
                                  ♦♦
Sans négliger son corps, parer surtout son âme
Chauffant l’un aux tisons, l’autre à l’ancienne foi.
                                  ♦♦
Puis un jour s’en aller sans trop causer d’alarmes
Discrètement mourir, un peu comme on s’endort
Pour que les tout-petits ne versent pas de larmes
Et qu’ils ne sachent pas ce que c’est que la mort.

Michel Martinerie †
L’Herberie, entre 2000 et 2010