Au-dessus des coteaux verdoyants qui bordent la vallée,
Le soleil d'avril darde ses premiers rayons.
Déjà l'Homme est à la tâche car, travailleur né,
Il sait qu'il est seul pour affronter les sillons.

C'est un artiste, un professionnel, un paysan
Qui connaît, pour l'avoir appris de son père,
Les secrets de la vigne qui colore les versants,
Le caprice des saisons et la passion de la terre.

Il garde en lui ses souvenirs et son savoir-faire,
Se rappelant ce temps, alors petit garçon,
Où il apprenait, écarté de la guerre,
Le prix de la liberté et le métier de vigneron.

Accroché entre terre et ciel, il est seul avec les mésanges.
Le viticulteur médite et son esprit va à la rêverie.
Il se souvient de toutes ces vendanges,
Des grandes familles, des rires, de cette autre vie.

Il fixe la route qui longe le ruisseau.
Combien de chemin y a t il parcouru, écolier,
Adolescent, amoureux de sa petite Margot,
Adulte, en charrette, en vélo, en voiture ou à pied ?

Son regard s'attarde sur le toit de la chaumière
Où il a vu le jour et où il a grandi,
Entouré de ses sœurs, frères, père et mère.
Il déroule ainsi une séquence du film de sa vie.

Notre vigneron est heureux. C'est un bon jour.
Il pense à Gabriel, à Armande et à Adrienne,
A Marcelle, à Maurice, à Emile, à tout ce parcours
Fait ensemble, composé de bonheur, d'amour et de peine.

Il a bâti une famille et il en est fier.
Le poids des ans est là et il faut diminuer le labeur.
Quand il fait le bilan de sa vie sur terre,
Il se sent soudain envahi par un immense bonheur.

Il a bien rempli son contrat avec la vie. Son destin,
C'est vrai, il aurait pu être flic, ouvrier d'usine ou toubib,
A l'automne de cette vie, il se dit avoir toujours pris le droit chemin.
Il sait qu'il peut passer la main avec la satisfaction du devoir accompli.

Il pense à Marguerite, sa compagne d'une autre vallée,
Sa fidèle, sa moitié, sa vie, son amour, sa lumière.
Il pense à ses enfants, Jean-Claude, Brigitte et Didier,
A ses petits-enfants, brues et gendre, sœurs et frères.

Mais brusquement les douze coups du clocher sonnent.
Il se ressaisit. Il est le plus heureux des vignerons.
Il va redescendre auprès des siens. Il va manger et faire un petit somme.
Il reviendra, plus tard, rêver avec les oiseaux et travailler sa vigne dans les sillons.

Marc GANRY


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