Les châteaux de Bacchus

 
(ou « Quand les vallées de Grand-Combe et du Cruou affichent leur courroux)
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Que sont devenues les maisons aveyronnaises,
Ces châteaux de Bacchus, Deauville du vallon,
Solides signatures des bourgeois de Rodez
Quand la richesse et la noblesse faisaient leurs noms.

Que sont devenues les habitations de maîtres,
Ces bonbonnières isolées aux creux des vallées,
Ces castels orgueilleusement bâtis pour paraître,
Opulence d'antan, regrets des fastes passés.

Que sont devenues les somptueuses résidences,
L'automne venu, jouissances saisonnières
Quand les nantis y prenaient un bain de jouvence,
Ivresse des vendanges pour âmes et cœurs au vert.

Que sont devenus les majestueux manoirs cossus,
Ces maisons de vignes tout en charme et splendeur,
Elégants ouvrages, joyaux d'un temps révolu
Quand le raisin exigeait d'assoiffants labeurs.

Elles ne trônent plus les magistrales bâtisses
Déchues de leur superbe en ce coin d'Aveyron ;
Mais toujours belles, coquettes et séductrices
Elles sont l'âme, la mémoire et l'attrait du vallon.

Les coteaux pleurent, abandonnés et miséreux.
Leurs adrets pentus, jadis prospères et divins,
Trahis par l'insecte tueur et le gel insidieux
Montrent leurs corps amaigris comme peau de chagrin.

Sur la montagne à vin plane un profond silence.
Les amphithéâtres de Dionysos, scènes de la Vie
Quand se jouaient les actes de l'existence,
Ne sont plus. Leurs acteurs, à jamais, se sont endormis.

Aujourd'hui espaces de friches et de rocailles,
Les versants ont revêtu des habits épineux.
De colère et d'injustice, leurs corps tressaillent.
Ils en veulent à l'Homme, ils en veulent aux Dieux.

Marc Ganry

Illustration : Photo prise par l'auteur dans la vallée de Grand-Combe (Vallon de Marcillac en Aveyron)

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