La casquette rivée au zénith du crâne,
Les manches de la chemise retroussées,
Le vieil homme est heureux, seul avec son âne,
Les muscles en plein effort, il fauche le pré.


Le terrain est vaste, il n'en voit pas la fin.
Il se dit que l'ouvrage sera fatiguant.
Sous le grand soleil, la faux mord dans le regain,
Elle va chercher sa vie dans le ventre du champ.

Le faucheur sait qu'il est en retard sur son temps,
Ce temps là, long comme une vie de labeur,
Un temps trop compté qui a rythmé trop souvent
Sa vie empreinte de peine, de joie et de sueur.

L'animal est attelé à la charrette.
Le menu est trop bon et le baudet fait ripaille.
L'outil tranche l'herbage qui se couche net.
L'homme, aux gestes augustes, s'acharne au travail.

La faux chante dans le silence du matin,
Mélodie ponctuée par la pierre sur la lame,
Scène pure où l'objet et l'humain ne font qu'un,
Moment simple de la vie, mais grand par l'âme.

Le paysan est un maître en la matière.
Terrien averti, il se fond dans le décor.
Son métier, il l'a appris des mains de son père.
Faucher, labourer, semer, encore et encore.

Aujourd'hui, c'est une image en « noir et blanc ».
Faut vivre avec son temps, lui dit son garçon,
Conduire le gros tracteur, gagner bien plus d'argent.
Le papi est vieux, son fils a sûrement raison.

L'aïeul est artiste. La faux glisse dans le pré.
Le faucheur contemple son outil d'un autre âge.
Et quand il pense à cette terre tant travaillée,
L'homme est comblé. Il va achever son ouvrage.

Marc GANRY


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